Ostéopathie et système digestif

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Les domaines d’intervention de l’ostéopathie sont vastes, et on peut parfois ne pas parler à son thérapeute de certains troubles que l’ostéopathie pourrait soulager, et passer à coté d’une belle occasion de se sentir mieux.


Etat des lieux :

Les troubles digestifs sont un domaine vaste, et l’ostéopathe ne pourra pas tout solutionner : il faut faire la différence entre les urgences médicales auxquelles l’ostéopathie ne peut rien faire, les pathologies où l’ostéopathe peut accompagner et diminuer les conséquences, et le reste où les troubles sont souvent d’ordre mécanique et répondent très bien à l’ostéopathie (en parallèle parfois avec d’autres thérapies).

  • Les urgences médicales : peu nombreuses, et fort heureusement pas si fréquentes que ça, regroupent les appendicites, péritonites, cholécystites, pancréatites aigües, hernies inguinales étranglées, ou tout autres inflammations aigues des organes digestifs.
    L’ostéopathie ne peut rien faire lors de l’urgence, qui doit être traitée de manière médicale classique, mais peut être utile après crise, pour remettre en ordre le système digestif qui a été ébranlé, pour diminuer les conséquences des pathologies (l’inflammation a tendance à créer des blocages par irritation des tissus, qui se « collent » les uns aux autres), et – en cas de chirurgie – travailler sur les adhérences post-opératoires.
  • En cas de pathologie non aigue et chronique, comme les hernies hiatales avec reflux gastro-œsophagien, les ulcères, les gastrites chroniques, les hémorroïdes (interne et externe), les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn, recto-colique hémorragique), les intestins irritables, les stéatoses hépatiques, cirrhose, etc. Le suivi ostéopathique a toute son importance, nous verrons par la suite comment. 
  • Lorsque les troubles sont plus vagues et qu’il n’y a pas de pathologie, que tous les examens médicaux sont normaux, le patient se retrouve alors perdu avec de réels troubles, parfois très handicapants, et qui peuvent entrainer de lourdes conséquences sur la vie de tous les jours. L’ostéopathie peut alors se révéler utile pour comprendre les troubles mécaniques qui engendrent les troubles fonctionnels.
    On parle ici des troubles de la digestion, des ballonnements, lourdeurs, état nauséeux, inconfort digestif, diarrhée ou constipation inexpliquée, brûlure d’estomac avec ou sans hernie, avec ou sans ulcère, etc.
    Ces troubles pouvant survenir et être pris en charge à toutes les époques de la vie (de l’enfant au senior, chez la femme enceinte, etc.), et la prise en charge ostéopathique étant bien sûr incontournable pour les coliques chez les nourrissons.

En cas de doute, l’ostéopathe renvoie bien évidement le patient chez son médecin traitant pour passer des examens complémentaires. Ces examens complémentaires sont aussi précieux à l’ostéopathe pour avoir un état des lieux plus précis de la situation, et pour pouvoir pratiquer de manière plus efficace.


Le système digestif

Le système digestif est le système qui permet de transformer nos aliments en éléments assimilables et utilisables par le corps : la digestion est le processus de dégradation des aliments en glucides, protéines, lipides, vitamines, sels minéraux, oligo-éléments, qui sont ensuite transportés par le sang et utilisés par les cellules. Ce sont ces matières premières qui fournissent aux cellules l’énergie pour fonctionner, croître et se maintenir en bonne santé. Les éléments non assimilables sont éliminés via les selles.

Un système digestif performant fait le tri entre l’assimilable et le non assimilable, et retire au maximum tout ce qui est utilisable par le corps.

Les aliments sont dégradés lors d’un long voyage dans le système digestif, qui se compose :

  • Du tube digestif : bouche, pharynx, œsophage, estomac, intestin grêle et gros intestin, jusqu’à l’anus. C’est là que transite le bol alimentaire en transformation.
  • D’organes annexes : glandes salivaires, vésicule biliaire, foie et pancréas, qui aident de manière chimique la dégradation des aliments grâce à la sécrétion d’enzymes et de sucs.

À mesure que les aliments avancent dans le tube digestif, ils sont fragmentés en morceaux de plus en plus petits, mécaniquement, et chimiquement.

  • Mécaniquement : les dents broient les aliments en petits morceaux (d’où l’importance de bien mâcher) puis le tube digestif se fait tube musculaire. L’estomac est un véritable broyeur d’aliments, puis les contractions musculaires du reste du tube digestif continuent de faire avancer et de fragmenter le bol alimentaire.
  • Chimiquement : les sucs salivaires, gastriques, biliaires et pancréatiques permettent de compléter la fragmentation des aliments en éléments plus petits et assimilables.

Le système digestif possède aussi une aide précieuse : le microbiote intestinal, constitué de millions de bactéries qui aident l’organisme à dégrader les aliments. Ces bactéries sont 10 fois plus nombreuses que nos propres cellules, et elles peuvent peser jusqu’à 1,8kg dans notre ventre. Leur rôle est de compléter la fragmentation des aliments et jouent aussi un rôle important dans l’immunité.


Autre rôle du système digestif :

  • Rôle de défense de l’organisme : en étant une zone d’interface entre le monde extérieur (les aliments), et le monde intérieur (notre corps et ses systèmes, ses cellules), le système digestif a un rôle immunitaire extrêmement important. C’est une véritable barrière contre les agressions extérieures.  


La régulation du système digestif :

Le système digestif est régulé via le système hormonal et le système nerveux.

  • Système nerveux :
    • Contrôle court : système nerveux entériques, nerfs propres au système digestif. Sorte de « cerveau digestif », les organes se régulent de proche en proche via un dialogue permanent de leurs neurones, et envoient aussi des informations au cerveau.
    • Contrôle long : vient du système nerveux central, grâce au système nerveux végétatif qui a un versant orthosympathique (qui inhibe la digestion), et un versant parasympathique (qui stimule la digestion).
  • Système hormonal :
    • Le système digestif produit lui-même ses hormones de régulations, via l’estomac, le pancréas etc., pour lui permettre de régler au mieux la qualité de sa digestion,
    • Il est aussi régulé par d’autres hormones, comme les hormones thyroïdiennes. Il y a là aussi au niveau hormonal un contrôle local et un contrôle supérieur.
    • Mais en plus, le système digestif produit aussi des hormones destinées à tout le corps : c’est dans le ventre que se sécrète principalement la dopamine et la sérotonine, indispensable au bien être mental ! on voit ici toute l’importance d’un système digestif compétent – et pas uniquement sur le plan de la digestion !

On voit donc que le système digestif fait partie d’un grand tout, et qu’il y a des interactions constantes avec les systèmes immunitaire, vasculaire, neurologique, hormonal, etc. et tous doivent être compétents pour pouvoir assurer la digestion la plus efficace possible.


Panels des techniques à visée digestive :

En réalité, l’ostéopathe, quand son patient a des troubles digestifs, ne fait que de l’ostéopathie globale – une séance normale en d’autres termes, adaptée à son patient et à son motif de consultation ! Il n’y a pas « d’ostéopathie digestive » à proprement parler. L’ostéopathe va juste sélectionner dans sa boite à outils les techniques pour résoudre le motif de consultation qui est d’ordre digestif. Il n’y a jamais de « protocole » en ostéopathie, car, je le répète, chaque consultation est unique, à un moment unique de la vie d’un patient unique.

En effet, l’ostéopathie interprète son patient dans sa globalité, et tous les systèmes (digestifs, mais aussi vasculaires, nerveux, lymphatique, ostéo-articulaire, pulmonaires, etc.) étant reliés entre eux, on ne résout pas un problème digestif en faisant uniquement des techniques sur les viscères impliqués.

Voir ici pour la compréhension de l’approche ostéopathique :


Quelles sont les outils de l’ostéopathe lors de problèmes digestifs ?

  • Travail sur la mobilité des organes. Les organes sont attachés les uns aux autres par un système ligamentaire, et par le péritoine (sorte de sac qui les contient). Mais les organes ne sont pas figés, fixés totalement. Ils ont besoin d’espace et de mouvement pour pouvoir fonctionner. L’estomac par exemple a besoin d’avoir la place de se remplir, de se contracter pour malaxer les aliments etc.
    L’ostéopathe, grâce à une connaissance précise de l’anatomie, travaille donc sur les moyens d’union des organes, pour qu’ils soient à leur aise pour fonctionner.
    Le tube digestif étant un grand tuyau, l’ostéopathe vérifie aussi qu’aucune tension n’interfère et ne diminue la lumière (l’espace intérieur), de ce tuyau, afin que les aliments circulent au mieux et ne stasent pas, créant une constipation, ou un défaut de digestion.
  • Travail sur la vascularisation : c’est à dire les apports énergétiques et la commande hormonale des organes, pour qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions. En effet, un organe doit être bien perfusé pour travailler au mieux.
    • Travail sur le diaphragme, pour un libre passage de l’aorte abdominale, et pour un bon retour veineux (évite stases).
    • Travail sur les moyens d’union des organes qui contiennent les artères et le système vasculaire de ces organes.
  • Travail sur les anciennes cicatrices qui peuvent à la fois modifier la vascularisation et le mouvement des organes. Les adhérences cicatricielles créent des points de fixation pour les organes : car il y a la cicatrice au niveau de la peau, mais aussi toutes les cicatrices internes qui vont jusqu’au lieu de l’opération. Lors des chirurgies sous coelioscopie, on introduit du gaz dans l’abdomen pour pouvoir augmenter la place dans l’abdomen et atteindre plus facilement les organes. Le gaz va néanmoins venir « assécher » le péritoine, l’enveloppe de tous les organes, ce qui a tendance à venir l’irriter, et lui enlever de son élasticité. Or, le péritoine est grand sac dans lequel tous les organes logent, et où les vaisseaux transitent. S’il devient inélastique, tous les organes en pâtissent (en mobilité et en vascularisation appauvrie).
  • Dans une vision globale du fonctionnement du système digestif, l’ostéopathe va surveiller que rien ne bloque l’information nerveuse et hormonale qui doit arriver aux organes. Grâce aux connaissances pointues en anatomie et en physiologie, l’ostéopathe va venir surveiller et travailler au besoin sur les lieux de passage de l’information nerveuse arrivant aux organes concernés, et surveiller aussi la bonne vascularisation et bonne mobilité des organes à commande hormonale. Ceci peut conduire à des techniques ostéo-articulaires sur la colonne vertébrale, à des techniques crâniennes, à des techniques fasciales le long des gaines des nerfs et des vaisseaux, etc.
  • L’ostéopathe va aussi vérifier le libre mouvement des articulations qui entourent les viscères, car les organes sont mobiles – nous l’avons vu – et doivent être dans un cadre mobile. En effet, si le bassin coté gauche est totalement bloqué, cela va retentir sur la fin du côlon (sigmoïde ici), créer une stase et augmenter les risques de constipation. Si l’articulation est mobile, cela vient mobiliser le côlon pendant la marche et les activités quotidiennes, les matières peuvent plus facilement descendre vers la sortie.


Intérêts collatéraux de l’approche en ostéopathie viscérale :

En travaillant sur les viscères, sur leurs moyens d’union, sur leurs vascularisations, etc. on évite le blocage de ce viscère au niveau mécanique. Ce déblocage va aussi retentir sur les structures avoisinantes, et donc aider aux possibles douleurs que l’on ressent plus loin.

Par exemple, il n’est pas rare qu’une douleur dans le haut des lombaires soit due à une tension excessive autour de l’estomac (qui peut être spasmé). Le traitement ostéopathique de l’estomac peut suffire à libérer les tensions lombaires hautes, et donc soulager les douleurs.

C’est à l’ostéopathe d’aller chercher les informations pour savoir qui à déclenché quoi, et trouver la marche à suivre propre à chaque patient.




De l’ostéopathie, et pas que !

Le traitement ostéopathique est complet et efficace uniquement en complément d’une bonne hygiène de vie, et de conseils adaptés à chaque patient. C’est aussi le rôle de l’ostéopathe que de guider son patient grâce à des conseils ou de le guider vers d’autres professionnels de santé.

  • Conjuguer l’expertise de plusieurs thérapeutes : naturopathe, acupuncteur, et beaucoup d’autres peuvent vous aider dans le suivi des troubles digestifs, via des biais différents : utilisation des plantes, ré harmonisation de l’énergie du corps, etc.
  • Faire du sport ou une activité physique permet une meilleure circulation sanguine, et permet d’éliminer les toxines du corps (à travers la sueur, et les échanges gazeux de la respiration) pour éviter qu’ils ne surchargent le corps et le système digestif qui est un des systèmes d’élimination du corps.
  • Bien respirer : les exercices de respiration sont un excellent moyen de faire fonctionner le diaphragme (muscle de la respiration, qui fonctionne comme un piston pour aider au brassage / malaxage des organes digestifs, aux mouvements de ceux-ci, et donc qui aide à la digestion).
    Ne pas passer sa journée en apnée, être assis confortablement, le dos droit, et l’abdomen libre de respirer, prendre 5 minutes à la fin de sa journée pour se poser et respirer, sont autant de pistes aux effets bénéfiques (qui se cumulent les uns les autres).
  • Bien s’alimenter et s’hydrater : la bonne forme du système digestif passe avant tout par ce qu’on lui donne ! rien ne sert d’aller chez son ostéopathe pour des brûlures d’estomac si vous ne buvez que du café et des sodas acidifiants sans un seul verre d’eau dans votre journée !
    Le corps a besoin d’eau en bonne quantité, et d’une alimentation équilibrée, de saison.
    N’hésitez pas à aller chez un diététicien et / ou un naturopathe si vous avez besoin d’être accompagné.